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Le designer Monsieurgermain nous explique comment créer une sneaker écoresponsable

  • Nicolas Foret
  • 1 mois Ago
  • Sneakers
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En 2013, une étude du MIT a révélé que la production d’une chaussure de sport générait en moyenne 13kg de dioxyde de carbone ce qui équivaudrait à laisser une ampoule de 100 watts allumée pendant une semaine. Une émission qui peut paraître dérisoire, mais quand on la multiplie par les milliards de paires produites chaque année les chiffres font froid dans le dos. Pour comprendre comment le marché de la sneaker pourrait enfin prendre un tournant écoresponsable, nous avons été poser quelques questions à Germain Thomine, plus connu sous le nom de Monsieurgermain. De son parcours chez Rip Curl, Puma et Mizuno à sa conception du design éco responsable, rencontre avec un cerveau qui veut faire bouger la manière dont on imagine nos sneakers.

Est-ce que tu peux nous raconter ton parcours ?

Je suis né en Normandie, j’ai grandi avec une maman styliste puis artiste peintre. Je ne suis pas un grand sportif, mais j’ai toujours cherché à les aider. J’ai étudié à CREAPOLE, j’ai un master en design produit et industriel et j’ai fait quelques stages notamment chez Quicksilver et Rip Curl. Ensuite, j’ai eu la chance d’aller en Chine dans une agence design industriel où j’ai dessiné des machines à café et des machines à laver. Ce n’était pas vraiment ce que je préférais, mais j’ai vraiment appris les bases du design industriel là-bas.

Comment es-tu arrivé dans le design de sneakers ?

En revenant de Chine, j’ai été débauché par une agence de design produit basée à Munich. Cette agence travaillait à l’époque pour Diadora et Puma (avec entre autres la paternité des designs de la SpeedCat, La Puma disc Og et la Mostro…). J’ai beaucoup travaillé sur la gamme Motorsport et la gamme Kids. En parlant de la Mostro, cette paire, je la portais au lycée et ça reste un bijou en termes de design qui a certes mal vieilli, mais elle reste très importante. J’ai passé 4 ans au sein de cette agence et je me suis fait débaucher par Mizuno en 2015. J’ai travaillé 3 ans comme designer running et ensuite en tant que design manager sportstyle pour enfin devenir footwear designer freelance et creative director consultant.

Quels facteurs rentrent en compte quand on conçoit une chaussure écoresponsable ?

Il y a énormément de choses qui rentrent en compte. Pour commencer, on doit penser le processus de design de manière écoresponsable en essayant de limiter au maximum les chutes de matière. Le deuxième point est lié au sourcing de matériaux qui est pour moi un point très important. On peut utiliser des cuirs au tannage végétal, des matiéres bio sourcées ou faites à partir de PET ou de matières recyclées… Ensuite, et c’est là où je rejoins une marque comme VEJA, l’importance se fait au niveau de la transparence. Aujourd’hui, VEJA est capable de communiquer sur la composition exacte de chacune de ses chaussures avec le pourcentage de tel ou tel matériaux. Cependant, même VEJA n’est pas 100% écoresponsable, mais la marque à la volonté de réduire sa consommation et c’est la clef d’une démarche écoresponsable.

Quel est le point de la conception d’une chaussure le plus lourd à supporter pour l’environnement ?

C’est sans conteste au niveau de la production de la semelle. La majorité des semelles sont faites en TPU à partir de polymère qui ont un impact important. Il y a un souci au niveau de l’ensemble des partis d’une sneaker en terme chimique aussi et il y a certains composants qui sont très compliqués voir impossibles à recycler.

Comment recycle-t-on une chaussure aujourd’hui ?

J’ai travaillé en tant que consultant pour une usine de recyclage basée en Hollande nommée Fast Feet Grinded. C’est la seule usine en Europe qui sépare la chaussure en trois parties. Ces trois parties sont recyclées indépendamment et à partir de cela on peut récupérer de la matière pour recycler. Les fibres des uppers servent a créer du Geopad ou éventuellement du textile mais ça demande plus de traitement. La gomme des semelles recyclées peut être utilisée pour des surfaces d’air de jeux et l’EVA présent aussi sur les semelles pour des surfaces de piste d’athlétisme par exemple. Mais l’idée avec FAST FEET GRINDED est vraiment de développer d’autres utilisations. 

Pour toi, le futur se situe donc au niveau du recyclage ?

J’ai un mantra qui est « Create to recycle », ne pas simplement créer pour produire. Dès l’élaboration du produit, on doit impérativement penser à sa fin de vie. Ça passe aussi par avoir des empiècements simples comme sur la Mizuno Rider que je porte aujourd’hui. Il y a deux panels en cuir liés par un toe cap que l’on peut très facilement séparer lors du recyclage. Le recyclage de la paire se pense dès les premières étapes du design.

Mais comment répondre à une demande toujours plus forte en termes de sneakers ?

Il s’agit simplement de produire juste ce qu’il faut en termes d’exemplaires. Aujourd’hui, les grandes marques ont les données nécessaires pour anticiper avec précision la demande. C’est même elles qui la créent donc elles sont capables de mettre en avant des paires écoresponsables. 

Quels conseils pourrais-tu donner à un jeune qui rêverait de devenir designer de sneakers ?

Aujourd’hui, Instagram est une plateforme formidable en termes d’impact. La différence va se faire au niveau de la connaissance des matériaux et des constructions en elles même. Il faut aussi savoir répondre à un cahier des charges, des contraintes de prix, etc … C’est la face cachée du design que j’ai pu développer durant mes études. Je pense que pour être designer dans n’importe quel domaine il faut être extrêmement curieux et ne pas hésiter à s’investir dans d’autres projets. Personnellement, je suis aussi illustrateur pour un magazine allemand, car je ne veux pas m’enfermer dans le design footwear.

Quels sont tes prochains projets ?

Je ne peux malheureusement pas divulger le nom de certains de mes clients pour le moment mais ce que je recherche avant tout est de travailler sur des projets innovants et ayant un impact environnemental. C’est pour cette raison que j’ai rejoins Solene Roure et l’équipe du projet Circle Sportswear. L’objectif est de créer une nouvelle marque multi-sport technique 100% écoresponsable et circulaire. Pour la conception, nous cherchons à mettre l’utilisateur au centre et commençons à sonder notre communauté pour connaître leurs attentes/problèmes avec leurs produits actuels pour développer un produit qui leur ressemble. Ça aussi c’est écoresponsable comme démarche de développement produit.

 

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