7 Jaws : “Avoir un de mes sons dans un karaoké au Japon, c’est un objectif”

  • Nicolas Foret
  • 3 semaines Ago
  • Musique
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Depuis notre première rencontre il y a 2 ans, 7 Jaws a grandi. Le rappeur originaire de Sarrebourg a franchi avec brio l’étape tant redoutée du premier album. Des personnalités établies du monde de la musique, à l’image de Vald, Bigflo ou NKF, l’ont suivi sur ce projet qui apparaît comme un ovni dans le rap actuel.

Entre pop, rap et techno, ce premier album nous fait voyager dans l’univers complexe du rappeur. Nous l’avons rencontré quelques jours après la sortie de cet album pour parler de ses inspirations et de son futur.

On s’était rencontré il y à 2 ans, qu’est-ce qui a changé pour toi depuis cette période ?

Pas grand-chose n’a changé dans ma vie en général. J’habite dans une sorte de grande coloc et du fait du confinement je me suis rapproché des personnes qui vivent à côté de moi. Du côté de la musique, j’ai fait de nouvelles rencontres et maintenant j’écris aussi pour d’autres artistes. Il y a une grande relation avec NKF qui s’est développée aussi.

C’est un personnage assez méconnu du rap, quel a été son rôle sur ton album ?

C’est mon ingé son qui a arrangé tout mon projet. C’est l’ingénieur de PNL depuis leur début et il travaille avec beaucoup d’autres artistes. J’ai travaillé avec lui pour cet album, car humainement on s’entend bien. Il m’a apporté un avis extérieur et son expérience avec sa propre patte artistique. À chaque fois que je reçois un de ses mix, c’est comme si je redécouvrais le morceau.

Est-ce que tu as travaillé cet album différemment de tes précédents EP ?

Je l’ai beaucoup plus mûri oui, et on a grave voyagé dans les styles jusqu’à avoir quelque chose qui reflète vraiment tout ce que j’aime. Ce projet est sans concession, j’ai mis tout ce que j’aimais dedans tout en essayant de garder une certaine cohérence ce qui était compliqué.

Le fait d’être avec des gens qui ne sont pas du milieu artistique te remet les pieds sur terre.

Comment as-tu vécu la période de confinement en tant qu’artiste ?

Personnellement ça m’a laissé la liberté de mûrir ce que j’avais vécu avant. J’ai pu prendre plus de recul sur ce projet alors que j’avais l’habitude d’être plus dans quelque chose d’instantané. J’avais la chance de pouvoir sortir pour aller au studio, car il était ouvert pour nous. C’était notre lieu de réunion et de soirée parfois, c’était cool.

C’est à ce moment-là que tu t’es rapproché de tes colocs ?

Oui surtout Leo que je connais depuis 5-6 ans. Le fait d’être avec des gens qui ne sont pas du milieu artistique te remet les pieds sur terre. Il m’a expliqué que pour lui les artistes avaient une grande utilité. Lorsqu’il se retrouvait dans son camion à 6h du matin il était content de mettre un son qui lui donne la pêche. Ça m’a permis de comprendre que je ne faisais pas que de la musique pour moi. Dès que je sortais du studio, je leur faisais écouter toutes mes maquettes. Je ne veux pas être déconnecté de la vraie vie.

Tu parles de ta mère sur “Rien n’est grave”, est-ce que ça a été compliqué de mettre des mots sur ce qui lui était arrivé ?

Non finalement parce que le moment de l’enregistrement était cool. J’étais en studio avec Bigflo, c’est quelqu’un que j’adore et la prod était mortelle. Le thème n’était pas forcement joyeux, mais on a réussi à transformer ce moment difficile en un morceau très agréable. L’idée de ce thème vient de Bigflo d’ailleurs, car il sait qu’on a eu une expérience similaire à ce niveau.

Le fond est important et la forme est légère, c’est un équilibre que je cherche.

 

Il y a aussi Vald et Captaine Roshi sur cet album, quels sont les liens entre ces trois artistes ?

C’est simplement des gens que je côtoie régulièrement et avec qui ça fonctionne humainement. Il n’y a pas de calcul dans mes feats. Roshi c’est l’un des premiers mecs avec qui j’ai traîné quand je suis arrivé à Paris. On a fait nos premières scènes ensemble et aujourd’hui on évolue au même rythme. C’est une belle histoire et j’espère que ça ira encore plus haut pour nous deux.

Sale État est un vrai morceau pop, c’est une prise de risque pour toi ce morceau ?

Quand tu fais quelque chose que tu aimes, tu ne prends aucun risque en fait. C’est même un de mes sons préférés parce que j’ai réussi à gérer l’équilibre entre des paroles qui ont du sens et la légèreté dans la forme. Le fond est important et la forme est légère, c’est un équilibre que je cherche.

Ces sonorités pop, c’est ce que tu écoutes au quotidien ?

Les sons pop que j’écoute se rapprochent plus de “l’Hyper Pop” pour moi. J’aime bien écouté du Charlie XCX, Caroline Polachek, OK Lou. Charlie XCX par exemple a réussi à faire quelque chose de très pointu, mais assez intéressant pour que ça parle au grand public. C’est toute la vague PC Music, Danny L Harle ou même Sophie qui est décédée récemment, je me prends ça. Je pense que c’est de la musique nouvelle et libérée, ils créent autant qu’ils en ont envie. C’est comme Jul en quelque sorte. Il propose sans arrêt et il ne risque rien. Ils font partie des gens qui créent la musique de demain.

Je suis allé me péter une sacoche Gucci, parce que j’avais l’impression de me faire kiffer. En fait, je m’en battais les couilles.

Tu es très proche de ta communauté, quelle est ta relation avec elle ?

Je reçois beaucoup de messages qui n’ont rien à voir avec la musique. Il y a des gens qui ont juste besoin de parler et c’est quand j’interagis avec eux que je me sens utile. Je me sens exister aussi lorsqu’on m’envoie des retours sur ma musique. Il n’y a que trois manières de savoir si ta musique fonctionne en tant qu’artiste : les messages, les chiffres ou les concerts. Je me nourris de tous les messages qu’on m’envoie.

Tu as une approche du vêtement très minimaliste, comment ça t’es venu ?

Avant j’aimais vraiment voir les gens bien sappés mais ça n’a jamais été très important pour moi. Il y a quelque temps, je suis allé me péter une sacoche Gucci, parce que j’avais l’impression de me faire kiffer. En fait, je m’en battais les couilles et j’ai tout donné. Finalement je me suis acheté 4 pantalons Carhartt noirs, 4 pull et des t-shirt pour faire comme le Laboratoire de Dexter. Le matin je ne réfléchis pas et je m’habille. Ce n’est pas essentiel, mais j’aime regarder les gens qui s’habillent bien.

Quel est le premier voyage que tu veux faire dès que tout reprend normalement ?

Tokyo direct parce que j’ai beaucoup d’amis là-bas. Je parle régulièrement à des Tokyoïtes et des expatriés sur place. J’ai surtout envie d’aller au karaoké en fait. Quand je suis là-bas, je fais un karaoké minimum par jours. Je chante Linkin Park à fond et c’est génial. Avoir un de mes sons dans un karaoké au Japon, c’est un objectif.

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