Alonzo : “Si j’ai un conseil à donner aux nouveaux rappeurs, c’est d’être bosseur et patient”

  • Nicolas Foret
  • 2 mois Ago
  • Musique
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Alonzo reste l’un d’une visage fort d’une scène phocéenne extrêmement active. Son expérience du milieu a fait de lui un personnage fédérateur, capable d’attirer la nouvelle garde du rap français et de travailler main dans la main avec les anciens. Le cadet des PSY4 de la Rime est désormais un grand frère pour toute une génération de rappeur marseillais qu’il suit de très près. Des noms qui feront vibrer la scène marseillaise de demain à son rôle au sein de Puma, nous avons échangé avec Alonzo pendant l’un de ses cours passage dans la capitale.

Comment as-tu construit ce 6e album solo ?

Je me suis enfermé pendant 3 mois dans une villa et pour la première fois j’ai fait directement appel à des compositeurs. C’était la première fois que je bossais de cette manière, avant je recevais une bonne partie de mes productions par mail. Chacun venait apporter son expérience, on échangeait beaucoup et c’était très fluide au niveau créatif. J’étais également accompagné d’un topliner de Lyon, Big Ben qui avec tous les producteurs parisiens, m’a permis de construire un album pour représenter l’ensemble du rap français.

Les featuring ont aussi été composés dans cette villa ?

J’ai pu composer 3 des 4 featuring en direct avec les rappeurs. C’était compliqué d’enregistrer avec Koba LaD parce qu’il était lui aussi en train de travailler sur son album.

C’est ton huitième featuring avec Jul, comment tu travailles avec lui ?

 

Avec Jul ça a collé dès le premier feat. Lui il bosse surtout sur la composition, on échange sur les différentes sonorités … Une fois qu’on a la compo, la plupart du temps on est face à face et on se balance des topline. Il se passe une sorte de magie à chaque fois. C’est très facile pour moi de travailler avec lui. J’ai l’impression qu’on pourrait publier un album en 5 jours.

 

On est les nouvelles rockstars

– Alonzo

 

Après 5 albums en solo, qu’est-ce qui t’a poussé à te relancer un nouveau dans la construction d’un projet ?

C’est surtout l’évolution du rap français qui m’a donné envie de m’y remettre. Il y a une vingtaine d’années, je n’aurai jamais cru que le rap français allait prendre une telle ampleur. Voir des rappeurs remplir des stades et surtout occuper la première place du classement SNEP pendant des semaines, c’est quelque chose que l’on n’imaginait même pas à l’époque.

On est les nouvelles rockstars. Aujourd’hui, les rappeurs font rêver et je suis convaincu que s’il y avait une véritable émission dédiée aux musiques urbaines à la télévision on battrait des records d’audience.

 

Qu’est-ce qui a changé pour toi depuis ton dernier projet ?

Grâce au single Papa Allo, ma musique est rentrée dans les foyers et j’ai gagné en visibilité avec mon statut d’ambassadeur Puma. En termes de musique, je ne me suis jamais mis de barrière, j’ai toujours une vision très large de ma musique donc ça n’a pas vraiment changé ma manière de travailler.

Est-ce que tes 5 enfants ont changé la manière dont tu écris ?

Je ne me censure pas parce que je pense que la musique c’est un art. Je sais faire la part des choses et surtout je leur apprends à faire la part des choses. Je leur explique que c’est art et qu’il ne faut pas tout mélanger. Quand je suis à la maison, j’essaye de tout couper même si c’est difficile de mettre totalement de côté mon métier qui est aussi ma passion.

Quels souvenirs gardes-tu des PSY4 de la Rime aujourd’hui ?

C’est encore aujourd’hui un magnifique souvenir. Je suis le plus petit des PSY4, c’est mes grands frères. J’ai appris beaucoup d’eux, on a voyagé dans toute la France et tout ce qu’on a construit ensemble a rencontré du succès. On partageait des chambres à quatre, puis à deux et après chacun avait sa suite.


 

Je pense que 100Blaze aujourd’hui est prêt

– Alonzo


Aujourd’hui est-ce que tu à le rôle de grand frère pour la nouvelle génération ? 

Honnêtement je ne sais pas si j’ai vraiment un rôle important à jouer auprès d’eux. Je les trouve tellement autonomes, ils tournent leur clip eux-mêmes, ils se produisent eux-mêmes … Si j’ai un conseil à donner aux nouveaux rappeurs, c’est d’être bosseur et patient. Dans ce métier bien sûr qu’il faut du talent et beaucoup travailler, mais il y aussi le facteur chance qui est très important. Être au bon endroit au bon moment, faire les bonnes rencontres, ça fait aussi partie de notre métier. 

Qui représente pour toi cette nouvelle génération de rappeur marseillais ? 

Il y en a beaucoup, mais je pense que 100Blaze aujourd’hui est prêt. Il kick fort, il a une manière de chanter propre à lui-même et il arrive même à placer des couplets en anglais. J’ai rarement vu ça. Il est sur la bonne voie, maintenant il faut qu’il bosse et qu’il soit patient. 

Qu’est-ce que tu écoutes aujourd’hui en rappeur américain ? 

Sincèrement, j’en écoute de moins en moins. C’est surtout au niveau des visuels que je me prends régulièrement des claques. Le dernier clip de Offset avec Cardi B est vraiment impressionnant par exemple. Les Américains vont vraiment loin visuellement. En termes de rap c’est pas mal, voir même fort parfois, mais je trouve que le rap français n’a pas à rougir des Américains. Ce que je regrette cependant c’est que les Américains vivent aujourd’hui en autarcies. Quand ils ne comprennent pas, ils ne veulent pas en entendre parler, pourtant il y a un très gros niveau en France.

 

 

Tu es ambassadeur Puma, quel est ton rôle vis-à-vis de la marque ? 

Je pense qu’il voit en moi un artiste fédérateur et quelqu’un qui peut faire en sorte que la jeunesse se tourne vers la marque. Les vêtements sont très importants pour moi, je fais très attention à mon image et je pense qu’ils l’ont ressenti. Ce n’est pas le genre de marque à courir après des personnes sans une réelle influence au niveau de la mode. 

C’est quoi pour toi la définition d’une bonne paire de chaussures ?

Pour moi une bonne paire de chaussures c’est une paire qui va avec tout. Aujourd’hui il n’y a plus de barrière en termes de vêtement. Le créateur qui imagine une paire de chaussures fait un gros travail, mais les personnes qui les associent avec les bonnes pièces il ne faut pas les négliger. On peut porter la même paire de sneakers, mais ça ne va pas donner pareil. 

Tu avais participé au processus créatif de la dernière Puma Sneakerness, qu’est ce que tu as tiré de cette expérience ?

C’était une très belle expérience pour moi. J’espère pouvoir un jour m’attaquer à quelque chose de plus technique, à la forme de la chaussure en elle-même. Ce n’est pas du tout mon métier à la base, mais ça m’intéresserait vraiment de travailler sur la conception d’une chaussure. Pour cette paire, mon rôle était de choisir des couleurs qui en lien à la thématique. On avait choisi de se baser sur la planète Mars, qui est aussi le diminutif de Marseille et d’imaginer tout un univers autour. J’étais très heureux d’avoir travaillé dessus et j’espère qu’un jour on pourra lancer une ligne complète Alonzo by Puma. 

Quelles marques de vêtement te parlent particulièrement aujourd’hui ?

En termes de luxe, je trouve que Balenciaga c’est très intéressant. La manière dont ils coupent leur vêtement me plait énormément. Ça ne fait pas longtemps que je me suis penché sur cette maison, mais j’aime aussi beaucoup Margiela. Puma est évidemment très important pour moi aussi en termes de vêtement de tous les jours. C’est surtout leurs collaborations aujourd’hui qui les démarquent vraiment de leurs concurrents. La collaboration avec Ader Error par exemple je la trouve vraiment réussie. La RS-X également, c’est leur Requin, c’est devenu en très peu de temps un classique. D’ailleurs, ils ont fait un sondage dans le sud auprès des gens qui achetèrent la paire, 80% d’entre eux rentrent dans le magasin et demandent la paire de Alonzo.

 

L’album “Stone” de Alonzo est disponible sur Apple Music, Spotify et Deezer.

 

 

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