Les 10 meilleurs albums de 2019

  • Yann Allui
  • 1 année Ago
  • Musique
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La fin de l’année est proche et on a décidé de revenir sur les meilleurs albums de rap qui ont marqué l’année. L’ensemble des membres de la rédaction ont partagé leurs albums favoris pour cette année 2019 et certains projets sont revenus à plusieurs reprises. On a donc compilé tout cela pour vous présenter notre liste des 10 meilleurs albums de l’année 2019.

10. Trippie Redd – A Love Letter To You 4

Sorti le 22 novembre dernier, A Love Letter To You 4 était une formidable revanche artistique pour Trippie Redd. Quelques mois avant, le rappeur avait sorti son second album studio et ce dernier était loin de faire l’unanimité. D’après les fans qui n’ont pas eu leur langue dans leur poche, le seul highlight de l’album était un verse de Playboi Carti sur un son qui s’est par la suite vu évincé de l’album, de quoi faire encore plus de bruit … Né des cendres de sa relation avec la rappeuse Coi Leray, la moite des 21 sons de A Love Letter To You 4 sont  des ballades acoustiques rythmées par des drumkits dignes d’un album de Gucci Mane. À partir du morceau “Sickening”, et donc la moitié de l’album, la sonorité de l’album change de manière drastique. La 808 devient plus lourd, Trippie Redd adopte un flow plus agressif.

Alors qu’il pansait ses plaies amoureuses dans la première partie du projet, la seconde partie s’apparente plus à une virée nocturne avec ses boys dont le but est d’oublier son amour perdu, et ce par tous les moyens. Vulnérable au début, Trippie Redd finit par se consoler dans le matérialisme et la vanité, mais est vite rattrapé par sa réalité. L’avant-dernier morceau,“Abandoned”, est un retour à l’acoustique et à la fragilité d’une peine d’amour. Le dernier morceau, “Can You Rap Like Me Part 2” fait office de bonus track sur lequel Trippie démontre une fois de plus à ceux qui en doutent qu’il est un rappeur à part entière quand il le veut bien. A Love Letter To You 4 est un album très équilibré, tant au niveau de sa tracklist que de ses featurings qui pour la plupart d’entre eux sont bien choisis et se fondent donc à merveille dans le projet.

9. BEAM – 95

Le rappeur jamaïcain frappe fort avec son premier album. Basé à Miami, BEAM débute sa carrière avec une longueur d’avance sur ses paires au niveau artistique. Certains diront que ses talents de producteur “accompli” lui facilitent la tâche, mais quand on sait que certains artistes luttent à délivrer un projet aussi divertissant, et ce même après des années de carrière on ne peut s’empêcher de lui lever notre chapeau. BEAM n’oublie pas ses racines, 95 est le produit logique d’un mariage entre la dancehall jamaïcaine et la trap américaine. Le mix sonne si naturel qu’on en oublie souvent ses origines.

Aucun des 10 titres de l’album ne laisse à désirer, au contraire, 95 sonne comme un Best Of d’un artiste à la carrière bien remplie. On se retrouve assez facilement à looper l’album sans même s’en rendre compte. Le plus impressionnant c’est le nombre assez faible de featurings sur le projet. De nos jours, on est habitué à voir les jeunes artistes abusés de featurings pour cacher de manière bien maladroite leurs lacunes artistiques. BEAM est un artiste au flow varié et n’a pas besoin de grand-chose pour briller. Donc à moins d’un cataclysme ou d’un bug dans la matrice, il devrait sans trop de mal faire parler de lui dans les années à venir.

8. ScHoolboy Q – CrasH Talk

Même si CrasH Talk est loin d’être le meilleur album de ScHoolboy Q, il résonne comme l’une des sorties majeures de l’année au niveau du rap US. TDE compte parmi ses artistes certains des MC les plus talentueux des États-Unis, et parmi les artistes du label, ScHoolboy Q est dans le top 2 avec au-dessus de lui un certain Kendrick Lamar. Donc oui, environnement oblige, il part avec une longueur d’avance sur la concurrence. Marqué par le pauvre taux de conversion de son album précédent qui lui avait valu les acclamations de la critique, mais qui n’avait pas été aussi rentable qu’il l’attendait, CrasH Talk est le dernier clou dans le cercueil de son alter ego Groovy Tony.

ScHoolboy Q nous présente un album bien moins complexe que Blank Face, mais il fonctionne quand même à merveille. À défaut d’aimer tous les morceaux, il est dur d’en critiquer un seul. Les différents featurings arrivent à point nommé, la production est digne d’un projet de TDE. ScHoolboy Q est un rappeur qui plaira autant au puriste qu’au milléniaux et cela n’a jamais été aussi évident que sur CrasH Talk. Son featuring avec Kid Cudi sur “Dangerous” est mémorable, sa chimie avec Lil Baby sur “Water” est détonnante. ScHoolboy Q est un emcee qui est au top de son art. À son niveau il est presque impossible qu’il se rate et CrasH Talk en est la preuve.

7. SAINt JHN – Ghetto Lenny’s Love Songs

Celui qui s’autoproclame le Lenny Kravitz du ghetto a tout d’une rockstar. Son branding qui peut rappeler une approche adoptée par Travis Scott au début de sa carrière fait de lui un personnage divertissant à regarder et à écouter. Originaire de Guyane, mais élevé à Brooklyn, SAINt JHN (prononcé Saint John) possède un portfolio assez rempli. Actif depuis au moins 2010 où il rappait à l’époque sous son nom complet de Carlos St. John, Ghetto Lenny est un auteur/compositeur qui a déjà travaillé avec des artistes comme Rihanna ou Beyoncé.

Autant dire que la patience paye, puisque presque dix ans après ses débuts officiels et un rebranding très bien maîtrisé, SAINt JHN a sorti l’un des albums les plus aboutis de l’année. Ghetto Lenny’s Love Songs est la bible du pop-rap alternatif, d’un point de vue sonique, l’album est sombre et mélodieux grâce à l’aisance artistique de SAINt JHN. Les productions sont bien souvent minimales et tournent autour des vocaux et des différents flow du rappeur, preuve de l’alchimie qui existe entre lui et son producteur F a l l e n qui est derrière les 14 chansons de l’album. Le morceau “Borders” en featuring avec Lenny Kravitz est un passé de bâton suave d’une icône établie vers une icône en devenir. Donc oui, s’il n’en est pas déjà une, SAINt JHN est une future rockstar et Ghetto Lenny’s Love Songs est son testament.

6. Young Thug – So Much Fun

Après de nombreuses années au top, Young Thug a enfin sorti son premier album. Épaulé par un certain J. Cole pour la direction artistique du projet, Thugger n’a rien laissé au hasard. So Much Fun porte bien son nom, la majorité de l’album sonne comme des comptines pour adultes. C’est du Young Thug dans toute sa splendeur, une compilation d’hymnes pour les trappeurs et les strippeuses. Bien entendu, Young Thug s’est entouré de certains des artistes les plus à l’aise dans le domaine : Future, Gunna, Quavo et bien d’autres. Il réussit même à y inclure des artistes étrangers à l’exercice tels que Machine Gun Kelly et J. Cole qui remplissent malgré tout leur rôle à merveille.

Young Thug est complexe et simple à la fois et il en va de même pour son premier album. Les productions sont tout ce qu’il y a de plus courant dans la scène trap et son flow qui a été à maintes reprises copié pourrait paraître passé, mais pourtant, on ne s’en lassera sûrement jamais. Young Thug s’amuse derrière le micro et nous on s’amuse à l’écouter. Il suffit de fermer les yeux en écoutant l’album pour s’imaginer à Magic City, c’est ce qui fait de Thugger l’un des meilleurs ambassadeurs de la ville d’Atlanta.

5. 13 Block – BLO

Révélation trap française de l’année dernière grâce à leur mixtape Triple S, 13 Block a confirmé cette année avec la sortie de leur premier album. La noble cause du BLO de sauver le rap français est matérialisé sous la forme de 24 titres produits par certains des meilleurs beatmakers de l’hexagone : Ikaz Boi, Myth Syzer, Kore, Binks Beatz, Junior Alaprod, Stork, etc … Avec BLO, 13 Block montre la diversité de son catalogue tout en conservant son ADN. Nombreux sont les rappeurs français qui tombent dans le piège et perdent leur intégrité en chassant les tubes, mais 13 Block reste authentique et c’est ce qui fait toute la beauté du projet. BLO est un album dans lequel le groupe fait face sans complexe à son nouveau statut tout en embrassant ses racines.

Le 13 montre qu’il est plus qu’un générateur de banger, il a un message à partager et tout beat est bon pour le faire. Il est facile de comparer 13 Block à certains groupes du grand frère américain, mais en réalité, le quatuor est unique. La musique trap actuelle aux US est bien souvent gangrénée par le matérialisme et le manque de fond dans les messages. La philosophie du “fake it till you make it” fait loi dans les rues d’Atlanta si bien que la musique trap est souvent associée au phénomène catégorisé comme du “swag rap”. Mais 13 Block dont les sonorités et les flows sont sans aucun doute inspirés par la vague trap des US ne tombent jamais dans cette caricature facile même s’il pourrait se le permettre. Le groupe a pris le meilleur de la trap US et s’est séparé du reste pour notre plus grand plaisir.

4. Tyler, The Creator – IGOR

L’ancien leader du collectif Californien Odd Future, vient de bien loin artistiquement parlant. Tyler, The Creator est un grand cru et il se bonifie avec le temps à une vitesse effrayante. Il y a 2 ans à peine, Tyler sortait ce que l’on pensait à l’époque être son meilleur album : Flower Boy. L’album en question montrait une maturité artistique qui semblait manquée à Tyler jusqu’alors. Ce dernier se livrait enfin sur ses émotions de manière articulée, le but n’était plus de choquer, mais bel et bien d’interpeller. La suite vous la connaissez : une nomination au Grammy en 2018 pour son cinquième album studio et le 17 mai 2019, la sortie de ce qui est aujourd’hui son plus gros succès.

IGOR est l’épopée amoureuse d’un nouvel alter ego de Tyler. Dans IGOR, l’art prend le dessus sur l’individu, les featurings deviennent des instruments qui viennent rajouter des couleurs aux émotions. IGOR est un effort de groupe avec Tyler pour maître de cérémonie. Les sonorités sont propres au rappeur, son amour dévoilé pour les accords est poussé au maximum. IGOR est un livre sonore : avec “EARFQUAKE”/“I THINK” Tyler ou plutôt son personnage Igor, tombe amoureux avec un mystérieux amant qui l’obsède. Sur “RUNNING OUT OF TIME”/“NEW MAGIC WAND”, les problèmes dans la relation commencent à prendre le dessus. L’histoire d’amour arrive ensuite à son terme sur “I DON’T LOVE YOU ANYMORE”, mais Igor et son amant se consolent ensuite en tentant de garder une relation amicale sur le morceau final : “ARE WE STILL FRIENDS?”. L’album entier fait sens et est très facile à écouter pourvu que vous soyez sensible à la vision de Tyler, The Creator.

3. Hamza – Paradise

Adoubé par Drake lors de son passage à Paris pendant son Assassination Tour, 2019 a été une très grosse année pour le rappeur francophone. Le Belge sort en début mars l’un des albums francophones les plus attendus de l’année avec Paradise. Il est sans aucun doute l’un des artistes francophones le plus influencés par la musique américaine et ce dernier ne s’en cache pas. Si 1994 montrait des influences assez claires d’artistes comme Travis Scott, Paradise montre la grosse influence que la scène d’Atlanta a sur le rappeur.

Vers la fin de l’album plus particulièrement, Hamza n’est pas sans rappeler un certain Playboi Carti dans son élocution et le choix de ses ad-libs sur des morceaux tels que” Gynéco” et “Galerie”. Hamza est très cru dans ses messages, mais son flow et la douceur de sa voix atténue ses lyrics les plus osés. Son aisance avec l’autotune, est digne d’un Quavo ou d’un Travis Scott outre Atlantique. Comme d’habitude il est difficile de ne pas aimer du Hamza, et ce que vous aimiez le rap ou pas. Son penchant pour le R&B dans ses flows le rend particulièrement attirant. Les collaborations sur l’album se font rares, mais elles sont toutes divertissantes, en particulier “Minuit 13” avec Christine And The Queens. Inattendu, le featuring est divin, à lui seul il justifie le nom de l’album : “Paradise”.

2. DaBaby – KIRK

DaBaby était partout aux US (et donc dans le monde) cette année, le rappeur de la ville de Charlotte a d’ailleurs été bien productif puisqu’il a sorti 2 albums en 2019. Son premier album, Baby on Baby, sorti début mars (dont le single principal “Suge” lui a valu plusieurs nominations au Grammys) et KIRK, son second album studio sorti fin septembre. Il est évident que KIRK n’aurait pas eu l’impact qu’il a eu si Baby on Baby ne l’avait pas précédé. Baby on Baby a donné à DaBaby tout les outils qu’il lui fallait pour concocter l’un des albums les plus importants de l’année.

Il suffit de comparer la liste de featuring, ce dernier est passé d’un featuring d’Offset à un featuring avec Migos au complet sur KIRK, rajouter à ça d’autres grosses pointures tels que Nicki Minaj, Gucci Mane et Chance the Rapper et vous obtenez un des meilleurs albums de l’année. DaBaby a pris du grade, mais il reste fidèle à lui-même. Loin de se prendre au sérieux, le rappeur continue sur sa lancée avec un rap festif et divertissant grâce à des morceaux comme “BOP”. Cependant, DaBaby sait aussi se montrer touchant, sur le premier morceau “INTRO”, ce dernier se livre sur son come up et la perte de certains de ses proches. La musique de DaBaby est très simple et c’est ce qui fait sa force.

1. PNL – Deux Frères

Le duo français le plus polarisant de l’année a joué un dernier coup de génie avant la fin de la décennie. La sortie de leur troisième album avait des airs d’ovni, jamais un groupe français n’avait tant défrayé la chronique au niveau mondial. Il n’est pas exagéré de dire que PNL s’est fait porte-parole de l’hexagone avec leur album Deux Frères, réussissant même à embarquer un certain Virgil Abloh dans leur bateau. Beyoncé et Jay-Z avaient privatisé le Louvre pour leur album, PNL s’est amusé sur la Tour Eiffel pour le clip de leur single “Au DD”.

Les deux frères se sont également lâché niveau budget pour les clips des singles et autant dire que ça a payé puisque Deux Frères est l’un des albums les plus mémorables de 2019. Même si l’album est très cohérent au niveau de ses vibes, certains morceaux tels que “91’s” et “Hasta la vista” viennent rajouter du piment avec des sonorités différentes. Leur vocaux emplis de reverb et de delay ont un côté envoûtant, qui vous berce tout au long de l’album. Il est important de souligner la solidité du mix et des productions de BBP, Nk.F et Joa entre autres qui participe à la merveilleuse expérience.

OBOY – OMEGA (Mention Honorable)

Compliqué de se limiter à 10 albums seulement quand il y a eu temps de bonnes sorties tout au long de l’année. Même parmi certains des albums qui ont raté de peu cette liste, OMEGA de OBOY sort du lot. Le rappeur a sorti son premier album studio le 12 juillet dernier et force est de constater que ce dernier est une bible à banger. Sur les 15 tracks de l’album, aucun son n’est à passer. Considérant qu’il s’agit là de son premier album, c’est un exploit qu’on se doit de relever. Son grain de voix nonchalant donne à OBOY toute sa mystique. La manière dont il passe d’un style et d’une influence à l’autre est remarquable.

OBOY est particulièrement impressionnant sur des productions aux sonorités tropicales telles que “Je M’en Tape” et “R10″. La musique de OBOY est comparable à ses origines, un melting spot sonore sous une seule bannière. OMEGA est un album qui vaut la peine d’être écouté et qui rend le personnage de OBOY très intéressant, on en redemande … En 2020, avec un peu de chance

 

 

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